Chapitre 1 : Le dilemme des Quraychites

 

Chapitre 1 : Le dilemme des Quraychites

Les croyants se rendent au pèlerinage

Le rêve annonciateur de bonne nouvelle

Alors que plusieurs mois s’étaient écoulés depuis la bataille des coalisés, le Messager de Dieu (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) fit un rêve dans lequel il se rendait à la Mecque la tête rasée et en tenant les clés du sanctuaire dans la main. Alors que la tension entre les croyants et les Quraychites était à son extrême, le Prophète (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) invita ses compagnons à effectuer avec lui le pèlerinage mineur à la Mecque.

Une intention pacifique

Inquiets quant à l’attitude à adopter,‘Umar et Sa‘d b. ‘Ubâda proposèrent au Prophète (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) de s’armer en cas où l’ennemi profiterait de l’occasion pour massacrer les pèlerins musulmans. Le Prophète (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) refusa et ordonna à ses hommes de se rendre à la Mecque sans arme. En cette sixième année de l’hégire, les Quraychites étaient épuisés par la guerre. Beaucoup de leurs chefs étaient morts et leur commerce avait sérieusement décliné. Il y avait là une très bonne occasion d’imposer la paix au Mecquois. N’oublions pas l’objectif du Prophète (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) qui était de faire parvenir le message de l’Islam à tous les hommes. Les Quraychites s’étaient depuis toujours interposés avec haine et violence. Le Prophète (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) ne voulait pas se venger ou se battre mais juste accéder librement au sanctuaire.

Alors que le Prophète (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) s’apprêtait à quitter Médine, ses compagnons s’interrogeaient : visiter la terre de laquelle on a été chassé ? Et y entrer sans armes ? Le Prophète (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) prit avec lui soixante-dix chameaux pour qu’ils soient sacrifiés sur le chemin et aussi pour prouver son intention pacifique. Les Quraychites ne pouvaient pas se permettre de leur donner l’occasion d’égorger les sacrifices en leur refusant l’accès à la Mecque sinon, ils auraient eu toute l’opinion des Arabes contre eux. Le nombre de pèlerins était d’environ mille quatre cents personnes. Les muhâjirûn étaient très heureux de revenir sur leurs terres et dans leurs foyers qu’ils avaient quitté depuis six ans.

L'inquiétude des Quraychites

Lorsque les Quraychites surent que le Prophète (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) avait la sérieuse intention de se rendre à la Mecque, ils se réunirent pour régler un grave dilemme. En effet, s’ils empêchaient les musulmans de rentrer, ils commettraient aux yeux des Arabes, une grave violation des lois sur lesquelles reposait toute leur grandeur. Par contre, s’ils les laissaient rentrer, ce serait un triomphe moral immense pour les musulmans. La nouvelle se répandrait chez les Arabes et cela viendrait placer le sceau de la défaite sur l’insuccès de la prise de Médine [La bataille du fossé]. Pire encore, le fait que les musulmans appliquent les anciens rites (rites d'Abraham) risquerait de rendre plus séduisante la religion professée par le Prophète Muhammad (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui). Les Quraychites devaient maintenant peser le pour et le contre et trouver une solution pour que les musulmans ne se rendent pas à la Mecque.

La conspiration des Quraychites

Jurant de ne pas laisser entrer les musulmans à la Mecque, les Quraychites envoyèrent deux cents cavaliers conduits par Khâlid b. al-Walîd, pour arrêter le flot des pèlerins le plus loin des frontières de la Mecque. Face à la machination des Quraychites, le Prophète (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) demanda à ses hommes s’il y avait un guide parmi eux pouvant les conduire à la Mecque sans qu’ils soient repérés. Un homme des Aslam se proposa alors de conduire les pèlerins à la Mecque en longeant la route côtière. Les musulmans s’arrêtèrent à la limite du territoire sacré (à Hudaybiya) dans le Sud de la Mecque.

Les croyants s'arrêtent à Hudaybiya

Sur le chemin, le Prophète (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) et ses compagnons consacrèrent les chameaux du sacrifice par une marque sur le flanc droit et en leur passant une guirlande autour du cou. Les croyants mirent aussi leurs deux tissus de couleur blanc et envoyèrent un homme des Banî Khuzâ‘a comme éclaireur.

Si le Prophète (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) s’arrêta à Hudaybiya, c’est parce que sa chamelle « Qaswâ » s’agenouilla à cet endroit et refusa d’avancer. Les musulmans établirent leur camp et remarquèrent qu’il n’y avait presque pas d’eau, sauf au fond d’une ou deux cuvettes. Le Messager de Dieu (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) demanda qu’on lui apporte un maximum d’eau dans un seau. Ensuite, il fit ses ablutions, se rinça la bouche, recracha l’eau dans le seau puis sortit une flèche. Ensuite, il ordonna de verser l’eau dans les cuves et de mélanger avec la flèche. L’eau sortit abondamment et tout le monde pu boire et se rafraîchir. Un des pèlerins taquina même Ibn Ubayy en lui demandant s’il avait déjà vu un miracle comme celui-ci dans sa vie. L’hypocrite lui répondit : « J’ai déjà vu la pareille auparavant. » Le Prophète (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) qui n’était pas loin, lui demanda à quelle occasion il avait vu un miracle comme celui-là. Sur quoi, il avoua n’avoir jamais rien vu de tel et s’excusa auprès du Messager de Dieu (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui) pour son comportement. Les Banî Khuzâ‘a firent don de chameaux et de montons aux pèlerins qui purent manger à satiété. La marche des pèlerins avait soulevé beaucoup de poussière et Khâlid b. al-Walîd commençait à comprendre quel chemin avait été emprunté par les musulmans pour se rendre dans le sud. Comme il était maintenant trop tard pour intervenir, il rentra à la Mecque afin d’avertir les Quraychites de l’arrivée du Prophète (que la paix et le salut de Dieu soient sur lui).